Astana et steppes centrales

Astana et steppes centrales

Astana et steppes centrales

Une capitale d'architectes posée sur la steppe, les pinèdes de Burabay, la mémoire du Karlag et le mausolée de Turkestan : l'axe nord du Kazakhstan en 4 à 7 jours.

Astana, rebaptisée Nour-Soultan entre 2019 et 2022 avant de retrouver son nom, est devenue capitale du Kazakhstan en 1997 lorsque Noursoultan Nazarbaïev a transféré le pouvoir depuis Almaty. La ville s'étire de part et d'autre de la rivière Ichim, sur un plateau steppique à 347 mètres d'altitude, à plus de 1200 kilomètres au nord d'Almaty. Le climat y est continental dur : janvier oscille entre -15°C et -25°C, avec des pointes à -35°C lors des vagues sibériennes, tandis que juillet atteint 28 à 32°C. C'est l'une des capitales les plus froides au monde, juste derrière Oulan-Bator.

L'architecture de la rive gauche, dessinée par Norman Foster (tour Baïterek, pyramide de la Paix, Khan Shatyr), Kisho Kurokawa (plan d'urbanisme général, aéroport) et Manfredi Nicoletti (salle de concert centrale), forme un ensemble cohérent sorti de terre en moins de vingt ans. La rive droite, plus ancienne, garde quelques bâtiments soviétiques de l'époque où la ville s'appelait Tselinograd, centre administratif des Terres vierges défrichées par Khrouchtchev dans les années 1950. Le musée national, ouvert en 2014, permet de cadrer en deux heures l'histoire des Saka, des Kipchak, du khanat kazakh et de la période soviétique.

Au-delà du périphérique, la steppe reprend ses droits. Nous traversons des centaines de kilomètres de prairies sèches piquetées de villages cosaques, de fermes laitières et de troupeaux de chevaux. Le centre du pays a été le lieu de pratiques pastorales nomades jusqu'à la collectivisation forcée des années 1930, qui a provoqué la famine de l'Asherchilik et la sédentarisation brutale des familles kazakhes. Aujourd'hui, l'élevage extensif reprend autour de Karaganda, deuxième pôle industriel hérité du charbon, et les anciens camps du Karlag (goulag) se visitent à Dolinka : le musée des Répressions politiques y occupe le bâtiment d'origine de l'administration pénitentiaire.

À 250 kilomètres au nord de la capitale, le parc national de Burabay (Borovoïe en russe) couvre 850 km² de pinèdes, de chaos granitiques et de lacs : Bolchoïe Tchebatchié, Borovoïe, Chtchoutchié. C'est la résidence d'été traditionnelle des Kazakhs aisés depuis l'époque tsariste, et le contraste avec la steppe environnante surprend. Les sentiers autour du mont Sinioukha (947 m) et du rocher Joumbaktas se parcourent en demi-journée. Plus au sud, en direction de Karaganda, la nécropole de Begazy-Dandybay aligne des mausolées de l'âge du bronze tardif (XIIe-VIIIe siècles av. J.-C.), témoins de la culture du même nom étudiée par l'archéologue Alkey Margoulan.

Le centre du Kazakhstan abrite aussi deux sites de la mémoire technique et politique du XXe siècle : le cosmodrome de Baïkonour, loué à la Russie jusqu'en 2050, dont les lancements habités vers l'ISS sont visibles sur réservation longue à l'avance, et le polygone de Semipalatinsk, près de la ville de Semey, où l'URSS a procédé à 456 essais nucléaires entre 1949 et 1989. La ville de Semey conserve la maison-musée de Dostoïevski, exilé là entre 1854 et 1859. Côté table, la cuisine reste fidèle au répertoire des steppes : beshbarmak (pâtes plates, agneau et bouillon), kazy (saucisse de cheval), kourt (boules de fromage séché), thé au lait servi en bol.

Plus loin encore, à 1500 kilomètres au sud de la capitale, le mausolée de Khoja Ahmed Yasawi à Turkestan, commandé par Tamerlan à la fin du XIVe siècle et classé UNESCO en 2003, marque la limite entre la steppe et l'oasis. Nous le rattachons souvent à un circuit Astana-Turkestan-Chimkent pour couvrir en une douzaine de jours l'axe nord-sud du pays.

À découvrir

Architecture contemporaine d'Astana. Une journée à pied et en métro pour relier la tour Baïterek, la pyramide de la Paix de Foster et le marché du Khan Shatyr, sous une chape de béton et de verre posée sur la steppe.

Parc national de Burabay. Deux jours autour des lacs et des pinèdes, randonnée au rocher Joumbaktas et nuit en sanatorium soviétique réhabilité, à trois heures de route au nord de la capitale.

Mausolée de Khoja Ahmed Yasawi. Coupole turquoise de 38 mètres dressée au-dessus de Turkestan, chantier inachevé de Tamerlan dont les portes de bronze ouvrent sur le tombeau du soufi mort en 1166.

Mémoire du Karlag à Dolinka. Visite du musée installé dans l'ancienne administration du goulag, à 45 km de Karaganda, pour comprendre la déportation des peuples (Tchétchènes, Allemands de la Volga, Coréens) vers les steppes centrales.

Nécropole de Begazy-Dandybay. Mausolées de pierre de l'âge du bronze isolés dans la steppe au sud-est de Karaganda, accessibles en 4x4 sur une demi-journée depuis la ville.

Quand y aller

Nous recommandons cette région entre fin avril et début octobre. Mai et juin offrent une steppe verte, fleurie de tulipes sauvages et de coquelicots, avec des températures de 15 à 25°C. Juillet et août sont chauds (28 à 33°C en journée) mais permettent la baignade dans les lacs de Burabay, où l'eau atteint 20°C. Septembre reste agréable (15 à 22°C) et les couleurs des bouleaux et trembles autour des lacs justifient à elles seules le détour.

D'octobre à avril, le froid devient le sujet principal : Astana descend régulièrement sous -25°C de décembre à février, avec des vents de steppe qui rendent la sensation thermique nettement plus dure. Les sites extérieurs (Begazy, Burabay) restent praticables en hiver avec un équipement adapté et un véhicule fiable, mais les journées sont courtes (lever 9h, coucher 17h en décembre). Mars et début avril sont à éviter : dégel, boue, pistes impraticables vers les sites archéologiques.

Conseils pratiques

Nous comptons au minimum 4 à 5 jours sur place : deux jours à Astana, deux jours à Burabay, une journée pour Karaganda et Dolinka. L'aéroport international Nursultan Nazarbayev (NQZ) reçoit des vols directs depuis Francfort, Istanbul, Dubaï et Pékin, et des liaisons intérieures fréquentes vers Almaty (1h30 de vol) et Chimkent. Les routes principales (M-36 vers le sud, A-343 vers Karaganda) sont en bon état ; au-delà, nous passons au 4x4 avec chauffeur.

La combinaison la plus logique est Astana + Almaty et Tian Shan en deux semaines, avec un vol intérieur pour économiser les 1200 km de route. Les voyageurs intéressés par l'histoire de la Route de la Soie prolongeront vers le Sud et Route de la Soie (Turkestan, Otrar, Chimkent) en train de nuit Talgo. Le confort hôtelier est correct à Astana (catégories internationales) et à Burabay (sanatoriums et lodges), plus modeste à Karaganda. Cette région convient aux voyageurs curieux d'histoire contemporaine, d'architecture et de paysages ouverts, moins aux amateurs de trekking d'altitude qui privilégieront l'Altaï kazakh ou le Tian Shan.

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