Sud et Route de la Soie
Le croissant des cités caravanières kazakhes, de Turkestan à Taraz, où le mausolée de Yasawi côtoie les bazars de Chimkent et les tulipes sauvages d'Aksu-Jabagly.
Le sud du Kazakhstan forme un croissant qui s'étire de Kyzylorda, sur le Syr-Daria, jusqu'aux contreforts du Tian Shan occidental près de Taraz. C'est ici que passaient les caravanes reliant Samarcande à la steppe, et la densité de sites historiques s'en ressent : Turkestan, Sauran, Otrar, Sayram, Taraz. Notre équipe basée dans la capitale considère cette région comme la porte d'entrée historique du pays, celle où le Kazakhstan cesse d'être uniquement steppe et montagne pour devenir aussi cité-oasis et carrefour religieux.
Turkestan, ancienne Yasi, abrite le mausolée de Khoja Ahmed Yasawi, commandé par Tamerlan vers 1389. Le bâtiment, classé à l'UNESCO en 2003, n'a jamais été achevé : les échafaudages en bois sont restés en place sur la façade principale, et son dôme bleu de 38 mètres reste le plus grand édifice timouride conservé en dehors d'Ouzbékistan. Autour, le complexe de Hazret Sultan, inauguré en 2017, a transformé la ville en centre de pèlerinage régional, fréquenté par les Kazakhs du sud, les Ouzbeks frontaliers et les Karakalpaks. À 40 kilomètres au sud-est, les ruines d'Otrar marquent l'endroit où, en 1219, le massacre d'une caravane marchande déclencha l'invasion mongole de l'Asie centrale.
Chimkent (Shymkent), troisième ville du pays avec plus d'un million d'habitants, sert de base logistique. Son bazar Upper, ouvert toute la semaine, vend des melons de Sayram en septembre, des abricots séchés de la vallée d'Arys, du kourt salé et des épices apportées du Ferghana. La cuisine y est plus proche de l'Ouzbékistan que d'Almaty : plov au riz dev-zira, samsa cuites au tandyr, manty à la citrouille en hiver. Sayram, faubourg oriental de Chimkent, est un village ouzbek de plus de 3000 ans qui revendique la naissance d'Ahmed Yasawi.
À l'est, la vallée d'Aksu-Jabagly est la plus ancienne réserve naturelle d'Asie centrale, créée en 1926 sur 1319 km² aux confins du Tian Shan occidental. Les altitudes vont de 1100 à 4238 mètres au pic Sayram. En avril, les pentes basses se couvrent de tulipes sauvages Tulipa greigii, ancêtre des tulipes horticoles, aux côtés des Tulipa kaufmanniana. La réserve abrite l'ours brun du Tian Shan, le bouquetin de Sibérie, le loup, et une population estimée à 15 léopards des neiges sur les crêtes au-delà de 3000 mètres. Le canyon d'Aksu, profond de 500 mètres, s'atteint en une journée de marche depuis le village de Jabagly.
Plus à l'est encore, Taraz est l'une des plus anciennes villes du pays, mentionnée par les chroniqueurs chinois dès le 6e siècle sous le nom de Talas. La bataille de Talas en 751, entre Arabes abbassides et armée Tang, s'est jouée à proximité et a marqué l'arrivée durable de l'islam en Asie centrale. Les mausolées karakhanides d'Aïsha Bibi et Babadji Khatoun, à 18 kilomètres à l'ouest de la ville, sont des bâtiments du 11e-12e siècle en briques sculptées, parmi les plus anciens monuments islamiques conservés au Kazakhstan.
Le climat est continental sec : précipitations de 200 à 400 mm par an dans les plaines, jusqu'à 1000 mm en altitude dans le Tian Shan. C'est une région où l'on circule beaucoup en voiture, où les distances entre sites historiques se comptent en centaines de kilomètres, et où le voyage prend tout son sens si l'on accepte de croiser la culture sédentaire et oasienne plutôt que l'imaginaire nomade habituel.
À découvrir
Mausolée de Khoja Ahmed Yasawi. À Turkestan, l'édifice timouride inachevé de 1389, classé UNESCO, avec son dôme bleu de 38 mètres et ses échafaudages d'origine encore en place sur la façade.
Tulipes sauvages d'Aksu-Jabagly. Première semaine d'avril à mi-mai, les pentes de la plus ancienne réserve d'Asie centrale se couvrent de Tulipa greigii rouges, ancêtres de toutes les tulipes cultivées.
Bazar Upper de Chimkent. Melons de Sayram, kourt salé, samsa au tandyr et plov à l'ouzbèke dans une ville où la cuisine s'éloigne nettement des codes du nord kazakh.
Ruines d'Otrar et site de Sauran. Cité caravanière dont le siège en 1219 déclencha l'invasion mongole, et fortifications de Sauran aux remparts de pisé encore lisibles dans la steppe.
Mausolées karakhanides d'Aïsha Bibi. À 18 km de Taraz, deux mausolées du 11e-12e siècle en briques sculptées, parmi les plus anciens monuments islamiques conservés au Kazakhstan.
Quand y aller
La fenêtre la plus confortable couvre avril, mai, début juin, puis septembre et la première quinzaine d'octobre. En avril-mai, les températures à Chimkent oscillent entre 12 et 25°C, les tulipes fleurissent à Aksu-Jabagly et les vergers de la vallée d'Arys sont en pleine floraison. Septembre apporte les melons et les raisins, avec des journées encore à 25-28°C et des nuits fraîches.
De fin juin à fin août, les températures à Turkestan et Chimkent dépassent régulièrement 38 à 42°C, rendant la visite des sites archéologiques exposés (Otrar, Sauran) éprouvante avant 7h ou après 18h. L'hiver, de décembre à février, descend à -5 ou -10°C la nuit, avec un vent sec et peu de neige en plaine ; les cols du Tian Shan occidental sont fermés et la randonnée à Aksu-Jabagly n'est plus possible. La haute montagne reste accessible en raquettes uniquement avec accompagnement local.
Conseils pratiques
Comptez au minimum 4 à 5 jours pour cette région, idéalement 7 si vous incluez Aksu-Jabagly et Taraz. L'arrivée se fait par l'aéroport international de Chimkent, desservi quotidiennement depuis Astana et Almaty, ou par train de nuit depuis Almaty (environ 12 heures). Les distances internes sont longues : Chimkent-Turkestan 165 km, Chimkent-Taraz 200 km, Chimkent-Aksu-Jabagly 120 km, presque toujours sur des routes correctes mais lentes en raison du trafic de camions.
La combinaison la plus cohérente associe le Sud à Almaty et Tian Shan en circuit terrestre via Taraz, ou en boucle aérienne incluant Mangystau pour qui veut alterner archéologie islamique et paysages désertiques de la Caspienne. Le confort est satisfaisant à Chimkent et Turkestan (hôtels 3 et 4 étoiles, guesthouses récentes), plus rustique dans la vallée d'Aksu-Jabagly où l'hébergement se fait chez l'habitant à Jabagly. La région convient aux voyageurs intéressés par l'histoire de la Route de la Soie, l'architecture timouride et karakhanide, et la cuisine d'Asie centrale ; les randonneurs y trouvent aussi leur compte dans le Tian Shan occidental, moins fréquenté que la région d'Almaty.



